Les meilleures pratiques pour prévenir l’extrémisme violent. Comment l’éducation sociale peut-elle être mise à contribution ?

Par Maxime Bérubé, chercheur postdoctoral du CRSH, Projet SOMEONE et Chaire UNESCO-PREV

 Extrême droite, jihadisme, incels, citoyens souverains, voilà bien des idéologies pouvant être associées au phénomène de radicalisation et à l’extrémisme violent. Les processus d’engagement dans l’extrémisme violent, auxquels on réfère généralement par la notion de radicalisation menant à la violence, sont multiples, complexes et évolutifs. En effet, l’implication relative des divers facteurs d’influence pouvant y être associés varie dans le temps et dans l’espace en fonction des contextes dans lesquels la radicalisation prend forme. Afin de prévenir ce phénomène, un nombre important de stratégies de prévention ont été développées en vue de contrer les effets potentiels des discours extrémistes.

Ces stratégies peuvent être divisées en quatre catégories. La première, passablement plus offensive que les trois autres, consiste à perturber les réseaux de distribution ou à censurer les discours extrémistes afin d’en limiter la prolifération. La deuxième vise à mettre en œuvre des contre-discours, le plus souvent afin d’affecter la crédibilité et la véracité de discours extrémistes particuliers. Quant à la troisième, plutôt que de chercher à contrer un discours particulier comme le veut la précédente, elle vise à produire des discours alternatifs ayant le potentiel de combler autrement les besoins de populations susceptibles d’adhérer à ce type de discours. Enfin, la quatrième catégorie de stratégie s’inscrit dans une perspective d’éducation sociale, où l’on tente notamment de favoriser le développement des capacités, numériques et citoyennes, de la population en générale. Contrairement aux trois précédentes, cette dernière approche à l’avantage de proposer des outils proposant le développement de savoirs et de savoir-faire transversaux pouvant très bien s’appliquer à différentes formes d’extrémisme. Toutefois, bien que la formation de citoyens plus avertis puisse s’avérer plus durable et que l’ensemble de ces stratégies suggèrent de multiples retombées positives, il n’en demeure pas moins qu’un certain nombre de questionnements, notamment sur la manière dont elles doivent être implantées, demeurent encore sans réponse.

C’est autour de ces derniers enjeux particuliers d’éducation sociale et de promotion de discours alternatifs que s’articule le projet d’étude postdoctorale que je mène actuellement au sein du Projet SOMEONE. Plus spécifiquement, j’y adresse diverses questions pour lesquelles des incertitudes persistent. Par exemple, outre le développement des capacités, quelle place est-il nécessaire d’accorder à l’éducation plus spécifique sur le caractère idéologique et religieux en lien avec l’extrémisme violent ? S’il est convenu d’engager des dialogues publics sur des sujets délicats comme le jihadisme ou l’extrême droite, comment doit-on procéder ? Quels aspects particuliers doivent et ne doivent pas être abordés ? Vaut-il mieux censurer ou encadrer les espaces de communication pouvant contribuer à la radicalisation menant à la violence ? Considérant que les processus de radicalisation ont lieu à la fois dans l’environnement en ligne et hors ligne, comment doit-on y départager les efforts préventifs ? Qui sont les acteurs de confiance les mieux pressentis pour accomplir ce genre de travail ? Quelle audience cible devrait y être préconisée ?

Afin de proposer des pistes de réponses à ces questions, je conduis des entretiens auprès de personnes ayant déjà eu à traiter avec des individus qualifiés de « radicalisés », ou encore étant fortement susceptibles d’adhérer à des idéologies radicales. En fait, en s’appuyant sur l’expérience de représentants religieux, de représentants communautaires, d’enseignants, de responsables de l’application de la loi, d’agents des politiques publiques, de psychologues et de travailleurs sociaux, l’objectif est d’identifier les meilleures pratiques à adopter pour l’élaboration de stratégies éducatives de prévention. La radicalisation menant à la violence est un phénomène très complexe qui nécessite des approches de prévention multisectorielle. Ainsi, c’est grâce à la mise en commun des expertises de chacun de ces intervenants qu’émergeront les méthodes d’éducation et d’intervention des plus efficaces et plus durables.

Lors de prochaines publications, certains aspects de l’éducation sociale seront traités plus en détail, et quelques résultats préliminaires sur la présente étude pourront être dévoilés. En attendant, j’encourage toute personne souhaitant contribuer à cette étude à me contacter par courriel à l’adresse suivante : maxime.berube@concordia.ca